Tailler sans comprendre où naissent les fruits, c'est travailler à l'aveugle. Les arboriculteurs d'autrefois parlaient des coursonnes, des lambourdes, des dards : un vocabulaire précis pour désigner les organes fructifères. Prenons quelques minutes pour les reconnaître.
Qu'est-ce qu'une coursonne ?
Une coursonne est une petite branche courte, généralement de cinq à vingt centimètres, qui porte les boutons à fruits. Elle se forme en plusieurs années sur le bois ancien et constitue la véritable usine à fruits de l'arbre.
Observer un pommier en hiver, c'est identifier ces coursonnes partout sur les charpentières. Elles se reconnaissent à leurs bourgeons gros, ronds, arrondis : les yeux à fleurs. À côté, on trouve les bourgeons à bois, plus petits, plus pointus, plus plaqués contre le rameau.
Le cycle des coursonnes
Les coursonnes ne vivent pas éternellement. Elles naissent, grandissent, fructifient, vieillissent, puis il faut les remplacer. Ce cycle dure généralement de six à dix ans selon les espèces.
- Année 1 : un rameau court apparaît sur du bois jeune.
- Années 2 à 3 : il fabrique ses premiers boutons à fleurs.
- Années 4 à 6 : la coursonne produit ses fruits à plein rendement.
- Années 7 à 9 : elle se ramifie, s'épuise, ses fruits rapetissent.
- Année 10 et plus : il faut la rabattre pour forcer un renouvellement.
Lambourdes, brindilles et dards
Sur les fruitiers à pépins, on distingue plusieurs formes d'organes fructifères, qu'il est utile de savoir reconnaître.
La lambourde
C'est la coursonne typique du pommier et du poirier : une pousse courte, de cinq à quinze centimètres, terminée par un gros bouton à fleurs. C'est la forme idéale, celle que vous voulez multiplier sur votre arbre.
La brindille couronnée
Plus longue qu'une lambourde (jusqu'à trente centimètres), elle porte un bouton à fleurs à son extrémité. Elle fructifie aussi bien, mais sa longueur peut rendre les branches pendantes et fragiles sous la charge des fruits.
Le dard
Très petit (un à trois centimètres), terminé par un bouton pointu, le dard peut évoluer soit en bois soit en bouton à fleur selon la vigueur. Chez le poirier, c'est souvent le précurseur d'une coursonne.
Pépins contre noyaux : deux mondes différents
Les fruitiers à pépins (pommier, poirier) fructifient sur des coursonnes qui vivent plusieurs années. Les fruitiers à noyau ont un fonctionnement différent qu'il faut absolument connaître.
Le pêcher, cas extrême
Le pêcher fructifie uniquement sur le bois d'un an. Chaque rameau qui a porté des fruits cette année ne produira plus l'année suivante. C'est pourquoi la taille du pêcher est si importante et si particulière : il faut renouveler le bois fruitier en permanence.
Cerisier et abricotier
Ces espèces fructifient sur des rameaux courts appelés bouquets de mai (cerisier) ou sur le bois d'un an mélangé à du bois plus âgé (abricotier). Leurs coursonnes vivent moins longtemps que chez les pépins, d'où l'importance d'un renouvellement plus fréquent.
Renouveler les coursonnes : le geste clé
Quand une coursonne a trop fructifié, elle se ramifie en petits rameaux épuisés qui donnent de petits fruits. Il faut alors la rabattre sévèrement, juste au-dessus d'un bon oeil à bois. L'arbre répondra par une nouvelle pousse vigoureuse, qui donnera une nouvelle coursonne jeune et vigoureuse dans trois ans.
Comprendre les coursonnes, c'est cesser de tailler par réflexe pour commencer à tailler par décision. Chaque coupe devient une action précise : je supprime cette vieille coursonne, je préserve cette jeune lambourde, je rabats ce dard pour le transformer en bois. Voilà toute la poésie du métier.